dimanche 6 janvier 2008

Al-Qaida menace la France par un appel aux attentats

La France visée par des attentats directement sur son territoire ? Après l'attaque qui a coûté la mort à quatre touristes français en Mauritanie - ayant conduit à l'annulation de la course Paris-Dakar - un appel à commettre des attentats à Paris et contre son maire, Bertrand Delanoë, en vue de provoquer la chute de Nicolas Sarkozy a été lancé sur un site internet islamiste utilisé par Al-Qaida.

C'est en tout cas ce qu'a rapporté samedi un centre américain spécialisé dans la surveillance des communications du réseau d'Oussama ben Laden. Alors ? Risque réel voire imminent, bluff « stratégique » des Etats-Unis ou « canular » de très mauvais goût ?

Selon SITE Intelligence Group, l'appel a été lancé par un internaute sous le pseudonyme de Murabit Muwahed -- qui signifie "Militant de l'Unicité" (de Dieu)--, sur le site Al-Ekhlass dont se sert souvent Al-Qaida, mais son authenticité et sa portée ne peuvent être établies.

Il s'adresse aux "Moujahidine, notamment ceux de la branche d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (BAQMI, ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC)" dans le but de provoquer "la chute du président Nicolas Sarkozy" et "un effondrement économique" en France.

"Les opérations peuvent être divisées en deux catégories: l'une matérielle et prenant pour cible les sites les plus populaires et les plus importants économiquement (...) et l'autre dirigée contre de prestigieuses personnalités parisiennes, en tête desquelles le maire de Paris", ajoute l'auteur de l'appel.

Pour rappel, le maire PS de Paris - Bertrand Delanoë - a jugé que le président de la République avait commis "une faute politique" en recevant avec "une débauche de frime" le colonel Kadhafi pour "finir par se faire donner la leçon" par le chef d'Etat libyen. "Il y a une part de cynisme dans la politique étrangère française et une part de légèreté que je trouve coupables parce que discuter ne veut pas dire dérouler le tapis rouge et donner tous les fastes de la République et de la France pour quelqu'un qui reste très contestable", avait poursuivi M. Delanoë. Le maire de Paris a jugé "indécents" ces cinq jours de visite marqués, selon lui, par "une espèce d'arrogance et une débauche de frime particulièrement déplacée".

Al-Ekhlaas, dont l'accès semble être bien protégé, est utilisé généralement, outre Al-Qaïda, par des groupes islamistes radicaux, dont ceux d'Irak, de Somalie et d'Afghanistan, pour la diffusion de leurs communiqués, vidéo ou messages sonores, dont l'authenticité a été confirmée dans la plupart des cas. Des dirigeants et parfois de simples militants islamistes mettent aussi en ligne sur ce site des messages sur la fabrication et l'emploi d'armes ou explosifs pour des attentats ou y publient des appels à des attentats.

L'internaute, qui dit être des "environs de Bait Al-Maqdis" (Jérusalem), dresse une liste des principaux sites de Paris comme la Tour Eiffel, l'Arc de Triomphe, le musée du Louvre ou encore les aéroports d'Orly et de Roissy-Charles de Gaulle, qu'il qualifie de cibles d'"une importance stratégique pour les moujahidine", selon SITE.

Délire que tout ceci ? Dans son livre "Al Qaida menace la France", Antoine Sfeir, directeur des Cahiers de l'Orient nous rappelle : « le 26 décembre 1994, sur l'aéroport de Marseille, un Airbus A300 en provenance d'Alger est cloué au sol depuis deux jours. Soudain, des hommes masqués passent à l'assaut : ils font sauter la porte et libèrent les cent soixante-dix-sept passagers otages du commando du GIA. Sans l'intervention du GIGN, cet appareil devait redécoller et percuter la tour Eiffel, un 24 décembre, fête anniversaire du monde chrétien. Sans cet assaut, on ne parlerait peut-être pas aujourd'hui du " 11 septembre 2001 " mais du " 24 décembre 1994 ", précise encore l'auteur.

Outre "un effondrement économique de la France", les attentats préconisés sont destinés à "juguler et à faire taire Sarkozy, mettre fin à son avidité au Maghreb islamique" mais aussi à "donner des leçons aux pays voisins en Europe, notamment l'Allemagne et tous ceux qui participent à la guerre en terre d'islam", toujours selon SITE.

A noter par ailleurs que Gamal Zahran, un député égyptien indépendant, a protesté, vendredi 28 décembre, contre la visite en Egypte de Nicolas Sarkozy en compagnie de sa compagne Carla Bruni, estimant que "le pays qui abrite al-Azhar" aurait dû refuser des comportements "libertins".

Demandant au président du Parlement si le président partageait la même chambre que Carla Bruni, il a estimé le comportement du visiteur inacceptable, dans le pays qui abrite la plus haute instance de l'Islam sunnite. "Le régime égyptien a adressé un faux message au monde entier en montrant que le pays qui abrite Al-Azhar (la plus haute instance de l'islam sunnite) accepte des comportements libertins" prohibés par l'islam, indique le député.

Selon lui, le gouvernement et le ministère des Affaires étrangères "devaient se tenir à l'écart de cette visite", en s'abstenant de participer à son organisation "par respect pour les moeurs de notre société et aux préceptes" de l'islam.

Depuis plus de cinq ans, l'ex-GSPC rebaptisé menace régulièrement de s'en prendre à la France. Il entend enrôler sous sa bannière les groupes armés islamistes de Tunisie, d'Algérie et du Maroc, ainsi que ceux du Sahel.

Un message d'Al-Qaïda menaçant de frapper des Français en Mauritanie est à l'origine de l'annulation du Rallye Paris-Dakar 2008. Selon des sources proches des services secrets français, des interceptions d'écoutes de groupes de la mouvance d'Al-Qaïda en zone sahélienne ont révélé ces dernières semaines des projets d'attaques contre des Français sur son parcours en Mauritanie.

Un homme de "type maghrébin", interpellé le 28 décembre au Mali dans le cadre de l'enquête sur le meurtre des quatre touristes français en Mauritanie voisine, a été identifié comme un Algérien membre de l'ex-GSPC, selon des sources sécuritaires maliennes. Mais ce suspect "ne paraît pas directement lié à l'attaque contre les Français. Il ne s'agit pas de l'un des trois assassins présumés recherchés", a précisé une autre source proche de l'enquête. Outre un pistolet automatique et une grenade, le suspect avait, au moment de son interpellation, un téléphone satellitaire et une carte d'identité malienne - fausse - au nom de Mohamed Ould Ahmed, ainsi qu'un passeport algérien au nom de Belkassim Zaïoudi.

Le Mali a annoncé avoir déployé le 25 décembre, lendemain de l'attaque contre les touristes français, un "important dispositif de sécurité" de long de sa frontière avec la Mauritanie (plus de 2.000 km) dans le cadre de la recherche des assaillants, en fuite. Plusieurs responsables mauritaniens avaient déclaré qu'ils avaient été localisés près de la frontière sénégalaise. Ils sont activement recherchés dans les trois pays.

Au total, neuf suspects ont été interpellés en Mauritanie dans le cadre de l'enquête. Les autorités mauritaniennes avaient évoqué d'abord la thèse d'un crime crapuleux, puis annoncé avoir identifié deux des trois assaillants comme étant proches du GSPC. Depuis, elles affirment ne plus écarter "les autres formes de criminalité transfrontalière", faisant notamment allusion, selon des experts, au trafic de drogue.

Sources : AFP, « Al Qaida menace la France », Reuters

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